lundi 26 juin 2017

Promenade sans but


Triste, la jeune femme erre dans le parc,
Fantôme qui sillonne les allées, tout le jour.
Par la fenêtre, un homme la regarde près du petit lac,
Il voit son ombre se mouvoir jour après jour.
Il n'ose approcher l'ombre
Qui erre ainsi sans but,
Il ne sait pas que sa tombe,
Se trouve dans la butte
Près du petit lac.

dimanche 25 juin 2017

Sommeil froid

Ses boucles cuivrées couvrent l'oreiller, elle dort.
Dans son sommeil, elle ne voit pas, le liquide
Imbiber le drap puis le matelas. Son corps
Perd sa chaleur à mesure que de sa vie, elle se vide.

samedi 24 juin 2017

Danse mortuaire

Dans son linceul, à la blancheur éclatante,
La Mort danse sous la pleine lune.
Elle agite des chaînes qui cliquettent dans la brume
Et elle danse en cadence parmi les tombes solitaires. Un habitant de plus ce soir, elle est contente.

vendredi 23 juin 2017

Promenade en forêt


Le nez au vent, le jeune homme
Se promène dans la forêt ; solitaire,
Il écoute les bruits alentour qui résonnent
Partout dans le sous-bois. Chant éphèmère.
Il marche sur une branche,
La forêt se tait,
Sa présence déclenche,
Un code secret de silence : tout est muet.

jeudi 22 juin 2017

Nature maîtrisée

L'oiseau gazouille dans la haie,
La haie bruisse sous le vent,
Le vent remue les fleurs,
Les fleurs ondulent en lançant leurs parfums entêtants,
Les parfums montent dans l'air ;
La tondeuse rugit et son bruit couvre le chant des oiseaux,
Le murmure du vent,
Coupe les fleurs,
L'odeur d'essence couvre leur odeur.


Nanowrimo Novembre 2016: Le piano de Satan

   Jeune musicien, étudiant au conservatoire, j'ai cassé le piano d'occasion que je possédais. Irréparable, j'ai dû me résoudre à le changer. Étudiant pauvre, j'ai écumé internet et les brocantes, les magasins proposant de l'occasion pour me procurer un nouvel instrument dans les plus brefs délais car les examens approchent.
En passant devant un magasin d'antiquités, j'ai vu un magnifique piano en vitrine à un prix défiant toute concurrence. J'ai failli passer mon chemin à cause des réparations nécessaires sur ce piano au vu de son prix mais malgré tout, je décidais d'entrer dans la boutique. Je demandais à voir le piano qui était sans la moindre éraflure, il sonnait juste, je ne comprenais pas son prix, il devait manquer un zéro sur l'étiquette ou elle avait été échangée avec une autre. Affable, le vendeur me demanda si ce piano l'intéressait ; aussi, je décidais de tenter de négocier son prix. Peut-être le possédait-il depuis longtemps et voulait-il s'en débarrasser car il prenait de la place dans sa boutique ? Il me confirma son prix et à mes questions, me répondit qu'il possédait ce piano depuis de longues années et qu'il ne trouvait pas d'acheteurs. Peu à peu, il en a baissé le prix. Il semblait en bon état, je le pris.

  Une fois installé chez moi, je le nettoyais, même s'il n'en avait pas besoin. Je l'inspectais de nouveau sous tous les angles à la recherche du nom du fabricant que je n'avais pas trouvé mais je ne trouvais qu'un nom inconnu : S. Méphistophélès. D 'après le nom, je supposais qu'il était d'origine grecque mais je n'avais pas connaissance qu'ils fabriquaient des pianos dans les temps anciens car ce piano était ancien à n'en point douter malgré son étonnant état de conservation. C'était certainement un élément d'explication de son prix étonnament bas. 

  Le piano fonctionnait, il sonnait juste, c'était l'essentiel. Ce soir-là, je ne poussais pas plus avant mon essai de ce piano même si j'en brûlais d'impatience car je devais aller à une conférence sur la musique baroque. La conférence se termina tard et je ne jouais pas ce soir là, trop fatigué pour cela. 

  Le lendemain, reposé et une tasse de café fumante à proximité, je sortis mes partitions les plus simples pour m'habituer à mon nouvel instrument. Il sonnait étrangement comme si le son était lointain, venu d'ailleurs. Je regardais de nouveau l'instrument sous toutes les coutures mais je ne trouvais rien d'étrange. J'en déduis que le bois devait être la cause de ce son étrange et même quelque peu déplaisant. Je décidais de jouer sur l'instrument pour m'y habituer. 

  Lorsque je jouais un morceau du requiem de Mozart, l'instrument réagit bizarrement. Comme si le piano refusait de jouer les notes. Intrigué, je jouais un morceau plus simple que je jouais sans difficulté malgré la résonance étrange du son du piano.Après quelques jours de travail, je me rendit à l'évidence : je ne pouvais jouer correctement les œuvres religieuses. Je ne comprenais pas jusqu'à ce que je me souvienne de l'inscription trouvée quelques jours plus tôt : Méphistos ! 

  Je mis quelques jours avant de prendre ma décision. Mais une nuit, la curiosité l'emporta sur la peur. A minuit, je jouais La damnation de Faust et Méphistos apparut devant moi, prêt à m'emporter. Dans ma terreur, je récitais un Ave Maria. Ses yeux rouges se plissèrent et me regardèrent avec cruauté tandis que je marmonnais les mots latins sans les comprendre, incapable de réfléchir. Il poussa un hurlement qui ébranla les murs et réveilla les voisins avant de disparaître dans la nuit. Je fis comme tous les voisins, j'ouvris ma porte en demandant ce qui se passait, j'étais seulement un peu plus pâle que les autres voisins. Nous finîmes par aller nous recoucher sans chercher à résoudre cette énigme. Je ne pus dormir cette nuit-là mais au matin, j'avais pris ma décision. 

  Le lendemain matin, un prêtre exorciste vint examiner le piano. Je ne sais ce qu'il fit exactement car je restais dans ma chambre, tremblant de peur. J'entendis des prières en latin dites à voix hautes, une voix caverneuse répondre au prêtre exorciste, du bruit de verre brisé et les murs tremblèrent. Puis ce fut le silence et le prêtre exténué vint me voir : le piano était exorcisé.

  Il me fallut six mois pour oser m'approcher de ce piano et tenter de jouer dessus, tant le souvenir de cette nuit-là était intense. Il avait toujours ce son étrange, unique mais ne réagissais plus quel que soit le morceau que je jouais. Je l'ai gardé et c'est toujours mon instrument de travail. Je prends seulement garde à ne plus jouer après minuit. Quand minuit est près de sonner, je referme le piano et je vais me coucher en frissonnant au souvenir d'une certaine nuit...


mercredi 21 juin 2017

FFM veut prendre la lune avec les dents

  Il était une fois, dans un pays pas si lointain, il n’y a pas bien longtemps non plus, un petit garçon qui rêvait d’horizons lointains. Fasciné par la nuit, il passait le plus clair de ses insomnies à observer les étoiles, assis sur le rebord de la fenêtre ouverte de sa chambre. Lorsque la température descendait, il rêvassait derrière la fenêtre fermée, à l’abri derrière la vitre, en regrettant de ne pouvoir être plus près des étoiles. Les années ont passé et le petit garçon a grandi, les yeux levés vers le ciel.

  Une nuit d’été, Fiacre-Firmin regarde la lune se lever comme à l’accoutumée. Appelé Fortunately Fascinated by Moonrise, abrégé en FFM, par son entourage en manière de moquerie, il n’en avait cure malgré ses seize ans. Il aime la lune et la regarder monter dans le ciel lorsque le ciel est dégagé le remplit d’extase ; si les gens préfèrent se moquer de lui au lieu de tenter de comprendre la beauté de ce spectacle, tant pis pour eux. Ce soir-là, comme nous l’avons dit, il regarde la lune se lever. Les yeux perdus dans l’immensité du ciel, il rêvasse sans prendre garde aux bruits alentour. Il songe à une expression qu’il a lu dans un livre poussiéreux. Prendre la lune avec les dents signifie obtenir quelque chose d’impossible. Malgré son jeune âge, il voudrait pouvoir observer l’astre lunaire autant qu’il le souhaite malgré l’heure tardive. Pour l’adolescent, ce rêve paraît inaccessible. Ses parents refusent qu’il veille après minuit et encore moins qu’il observe la lune à l’extérieur, sauf en cas d’éclipse. Une super lune n’est pas un argument suffisant pour obtenir le droit d’observer l’astre qui le fascine. Perdu dans ses pensées, lorsque le miaulement de son chat le fait sursauter, il tombe du rebord de la fenêtre où il se tient en équilibre précaire. Et cette chute lui donne un prétexte pour observer la pleine lune, grosse et lumineuse, qui brille dans le ciel.

  Honteux, il ne lui restera plus qu’à sonner à la porte pour que ses parents viennent lui ouvrir. En effet, il est tombé du premier étage droit dans les bras griffus de la haie. Il ne s’est pas vraiment fait mal grâce à la faible hauteur mais malgré tout, il ne peut pas grimper sur le rebord sans aide. Tremblant sous le choc de cette chute imprévue, il s’examine à la lueur de la lune moqueuse et constate que seules quelques égratignures ornent ses mains. Frissonnant de froid, il se dirige vers la porte en priant pour que le voisin ne le remarque pas traverser le jardin dans son pyjama orné de fusées et de vaisseaux spatiaux. Il l’adore mais il parait que ce n’était plus de son âge. A seize ans, il estime avoir le droit de porter ce qui lui plaît sans devoir subir les jugements des autres. Il s’arrête sur le chemin, jette un regard à l’objet de sa convoitise et il hésite à observer la lune durant quelques minutes. Mais si ses parents se lèvent et le voient là, il ne pourra pas prétendre que c’est un accident.

- Bonsoir !
Le murmure vient de l’entrée du jardin. Intrigué, FF Moonrise se fige puis il se dirige vers le portillon de bois blanc. Un garçon de son âge l’attend dans la rue.
- Je suis le voisin, Gondebaud. Tu t’appelles comment ?
- Je m’appelle Fiacre-Firmin, je voulais regarder la super pleine lune et je suis tombé de ma fenêtre.
Gondebaud glousse doucement. Sa peau claire qui tranche avec ses cheveux noirs coiffés en bataille brille sous la lune.
- Tu es comme moi, un enfant de la pleine lune mais tu n’as pas le droit de sortir seul ? Tu es jeune pour te promener seul dehors. constate Gondebaud.
- Oui, je n’ai pas le droit de sortir seul et j’aime la lune. Tu es atteint de la maladie des enfants de la lune ? C’est pour ça que je ne t’ai jamais vu dans le quartier et que ta peau est si pâle ?
Gondebaud le regarde quelques instants, la tête sur le côté, il semble réfléchir.
- Viens, je connais un endroit d’où l’on peut voir la lune et les étoiles sans que la lumière des lampadaires occulte leur éclat. Moi aussi, j’aime la nuit mais personne ne me comprend, les gens de cette époque ne comprennent rien aux charmes de la nature.
- C’est loin ? Si mes parents s’aperçoivent de mon absence, je suis privé de sortie jusqu’à mes dix-huit ans.
- Non, c’est à quelques minutes à pied et tu es déjà dehors. En plus, tes parents dorment. Tu viens ?
- Seulement si tu me fais la courte échelle pour rejoindre ma chambre.
Les mains dans les poches de son costume noir, Gondebaud regarde la fenêtre ouverte sur la nuit et il acquiesce, un léger sourire aux lèvres.

  Fiacre-Firmin suit son nouvel ami. Ses pieds nus claquent doucement sur le bitume encore chaud, il trouve cette sensation agréable. Lorsqu’il lève les yeux vers la lune, les arbres du voisin ne masquent plus son éclat et elle brille de toute sa splendeur. Il s’arrête au milieu de la route mais Gondebaud le tire par la manche, une voiture pourrait survenir, il n’est pas prudent de rester ici. Ils commencent à s’enfoncer dans le chemin qui mène à la rivière proche, les arbres se font plus nombreux.
- Viens, je connais un endroit idéal pour observer la lune ! Tu verras, la vue est magnifique sous la lumière argentée de la lune. 
Ils descendent vers la rivière, traversent le petit pont de bois avant de grimper sur un haut talus. Gondebaud a raison, la lune brille de tout son éclat loin des éclairages artificiels. Fiacre-Firmin admire l’astre nocturne qui le baigne de sa lumière blafarde. Perdu dans sa contemplation, plus rien ne compte hormis l’objet de sa fascination.
  Il sent soudain des bras enserrer son torse et des lèvres douces se poser sur son cou. Surpris, il se raidit dans les bras de son compagnon qui l’attire à lui sans remarquer son trouble.
- Heu, je n’aime pas les garçons, je préfère les filles, même si je m’estime trop jeune pour ça.
Gondebaud rit doucement de son malaise. Le jeune garçon n’a pas le temps de se dégager des bras mollement passés autour de lui qu’ils se transforment en étau et que deux pointes se plantent dans son cou.

Note:
Prendre la lune avec les dents
Se dit en parlant d’une chose qu’il est impossible de faire. Wikipédia